Cannes la scandaleuse

Cannes la scandaleuse

Beaucoup de festivaliers demandent chaque année à Thierry Frémaux, délégué général de Cannes, quels seront les prochains films scandales de la sélection. On hésite encore vous rappelle certains films qui ont défrayé la chronique au moment de leur projection. 

Si mai rime avec ponts à rallonge et débuts de soirées en terrasse, sachez que pour les cinéphiles, mai c’est Cannes. Certains ont depuis des mois réservé une chambre à partager à quinze, d’autres vendraient père et mère pour une accréditation et ainsi assister aux projections de ce festival à la fois génial et infernal pour ceux qui y assistent. Coup de projecteur sur certains films controversés de ce festival international jamais égalé, devenant lui-même, pendant un temps, une grande scène de théâtre.

Le Festival cannois est à la fois un festival et un grand marché aux films. On y voit, achète et vend. Les professionnels s’y rencontrent et certains réalisateurs rêvent de rejoindre la Sélection Officielle. Si beaucoup de films des sélections furent oubliés, d’autres au contraire entreront dans le palmarès des scandales. Voici le mini palmarès d’On Hésite Encore.

La Grande Bouffe de Marco Ferreri en 1973, une farce qui est loin de faire rire lors de la projection. C’est l’histoire d’un groupe d’amis, représentant de la bonne bourgeoisie, décidant d’en finir avec la vie, d’une façon peu conventionnelle : on se gave, on rote, on pète et on b…. à tout va dans cette montagne de nourriture…Une parabole de la société de consommation plutôt originale, qui présente l’homme dans toute son animalité. Elle sera toutefois qualifiée de vulgaire par Ingrid Bergman, alors membre du jury. Fauteuils qui claquent, hués des spectateurs, rien n’est épargné au film. Les critiques fusent, comme celle d’André Brincourt, du Figaro : « La Grande Bouffe relève plus de la psychiatrie que de la critique ». Aujourd’hui c’est un classique, voire un film culte, unique dans son propos, à consommer à jeun.

Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, présenté en 1955, tire son nom de l’opération de déportation Nacht und Nebel. Un documentaire de trente-deux minutes dans lequel Resnais et Jean Cayrol (ancien résistant rescapé des camps) racontent la banalisation de l’horreur, la construction des camps par des experts et l’enrôlement nazie. Une image en particulier va choquer : celle d’un gendarme observant les agents de déportation alors que la France veut faire publier la collaboration: on reproche au film / au réalisateur de nuire à la réconciliation. Le film sera alors présenté hors compétition, Resnais quant à lui aura encore affaire aux censeurs avec Hiroshima mon Amour quelques années plus tard pour le même festival.

Les films sexuellement explicites sont légions à Cannes : L’Empire des sens de Nagasi Oshima, Brown Bunny de Vincent Gallo, Antichrist de Lars Von Trier, Love de Gaspard Noé ou bien Crash de David Cronnenberg, qui reçu un prix spécial en 1996 sous l’influence de Francis Ford Coppola, alors président du Jury. Ce film très controversé est une adaptation du livre de J. G. Ballard où les personnages recherchent la jouissance dans des expériences parfois fatales pour leur propres corps. Cronnenberg explore ici les liens entre pulsion de mort et pulsion sexuelle. La récompense scandalise la croisette. Un film érotique repoussant les limites de la morale qui nous interroge sur nos propres désirs.

Elle de Verhoeven, sélectionné à Cannes en 2016 : une femme recherche son violeur et entame une relation trouble avec ce dernier. Ce film controversé et en partie incompris repartira sans récompense à cause d’Arnaud Desplechin, membre du jury, qui le déteste. Vilipendée sous prétexte qu’une femme ne réagit pas comme cela après un viol, l’œuvre montre au contraire une femme maîtresse d’elle-même, sortant des stéréotypes. Un film résolument féministe ponctué d’humour noir.

Cette année tout le monde attend le prochain scandale sous la présidence de Iñarritu.

Johanna

Johanna

« Un bon film et du Pop Corn »

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