Journal d’un chat assassin

Poisson d’avril pour chat assassin

Trouver un livre qui retrace le parcours d’un meurtrier aurait pu être facile. Mais comme on aime casser les codes chez Ohé, on a décidé d’aller voir ailleurs, et de faire la vraie critique littéraire… d’un roman pour enfant !
C’est dans ce contexte que le roman d’Anne Fine (notamment auteur du fameux Madame Doubtfire), Journal d’un chat assassin¹ a attiré notre attention. Ecrit en 1997, il revient sur une série de meurtres dont le coupable (un chat) a tenu un journal…

Première impression : le livre est plutôt court. Comment analyser en détail un tueur en série en 78 pages à peine ? D’autant que la police est très grande, et le texte entrecoupé d’images (par ailleurs peu fidèles aux évènements tels que le personnage les décrit). L’ouvrage semble donc manquer de profondeur, c’est une déception.

A la lecture, le lecteur est plongé dès les premières pages dans l’esprit de ce chat assassin. Ici pas de retour en arrière sur son enfance ou des traumatismes passés, on entre directement dans l’action avec la première victime : un oiseau.
Ensuite, c’est l’escalade. La violence monte en puissance au fil des pages, avec chaque jour ou presque une nouvelle victime. Car ce journal, carnet de bord des meurtres de notre sujet, ne se concentre finalement que sur quelques jours. Même sur un laps de temps aussi court, on voit le mode opératoire de notre tueur se développer : il s’attaque d’abord à un oiseau, puis une souris, ensuite un lapin… Ce chat assassin s’attaque à des proies de plus en plus grandes, et prend de moins en moins ses précautions ! Si l’oiseau était inconnu de tous, le lapin était un voisin. Sans craindre de se faire repérer, notre tueur continue ses méfaits. C’est du moins ce qu’on pourrait croire au premier abord…

Dans ce texte, l’auteur nous livre également une perspective sur l’impact de ses crimes sur son entourage, et en particulier sa famille. Ceux-ci sont en effet naturellement affectés par la cruauté de leur proche, dont ils ont pleinement conscience. Ces actes les mettent dans des situations délicates : tâchant de cacher les méfaits de leur chat, ils se trouvent dans l’obligation de se débarrasser des corps… Devenant ainsi complices malgré eux. Et c’est cela qui les conduit à prendre la décision qui s’impose pour y mettre fin.

Enfermé, mis en cage, le chat assassin ne cesse de se défendre. Si selon lui les accusations sont injustes – c’est un chat, que pouvait-il faire face à cet oiseau qui s’est jeté sur lui ? – les punitions le sont tout autant. Refusant de voir la gravité de ses actions, tout trouve justification à ses yeux. Car tout au long du texte, seul le premier meurtre est admis par le chat. Selon lui, la souris était déjà morte lorsqu’il l’a trouvée. Quand à la mort mystérieuse du lapin, il n’y apporte aucune justification… On pensait tout apprendre des raisons derrière ces crimes et du mode opératoire du chat assassin à travers ce livre, mais ça ne sera pas le cas. Le lecteur se retrouve finalement face à un plaidoyer en faveur de l’innocence de l’accusé ! Si cela peut surprendre, il s’agit finalement d’une bonne surprise qui nous livre une révélation finale à laquelle on ne s’attendait pas.

Alors, chat assassin ou chat innocent ? On hésite encore ! A toi de lire ce roman (de littérature jeunesse, l’a-t-on dit ?) pour te faire ta propre opinion.

¹ Edition Mouche Ecole des loisirs

Charlotte

Charlotte

« Collectionneuse de mots et d’épices »

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