La Vienne moderne

Klimt et Schiele : témoins de la Vienne moderne

Aujourd’hui sur On Hésite Encore, focus sur deux grands artistes de la Vienne moderne : Egon Schiele et Gustav Klimt. Mais avant tout, si tu ne connais rien de Vienne et de son histoire, lis notre article « Ohé valse à Vienne » sur Vienne et son histoire.

Repères biographiques

Klimt nait près de Vienne (Bauerngarten) le 14 juillet 1862. Il suit une formation classique à L’école des Arts et Métiers de Vienne, qu’il délaissera au fil des ans pour développer son propre style. En parallèle, Klimt s’illustre au travers de la réalisation de nombreux portraits affirmant ainsi son statut de portraitiste très demandé. Il est notamment connu pour ses utilisations de la feuille d’or (Le baiser, Judith, Adèle Bloch-Bauer I). Il meurt d’apoplexie le 6 février 1918.

Egon Schiele nait le 12 juin 1890 à Tulln, une petite ville au nord de Vienne. En 1906, il entre à l’académie des Beaux-Art de Vienne. S’il est aujoud’hui considéré comme l’un des artistes majeurs du mouvement expressionniste,Egon Schiele n’a malheureusement connu que peu de succès de son vivant. Il décède de la grippe espagnole en 1918, à seulement 28 ans.

Bibliographie

Livres

Si cet article a piqué ta curiosité alors voici une petite sélection de livres pour en savoir plus sur Klimt, Schiele et l’art moderne viennois. Ces livres sont disponibles neufs ou en occasion chez la fnac, Amazon, Gibert Jeune ou Gibert Joseph.

Egon Schiele, Reinhard Steiner, éd. Taschen (1991), collection « petite collection 2.0 », Cologne, 2017.

Gustav Klim, Gilles Néret, éd. Taschen (1993), collection « petite collection 2.0 », Cologne, 2016.

Gustav Klimt. Les femmes, Agnes Husslein-Arco et Alfred Weidinger, éd. Belvédère, Vienne, 2015.

Vienne des années 1900, Rainer Metzger, éd. Taschen, collection « petite collection 2.0 », Cologne, 2018.

Cinéma

Deux films essentiels pour se plonger dans la vienne moderne et comprendre son histoire : The Woman in Gold et Egon Schiele.


Le premier, réalisé par Simon Curtis et porté par le duo Helen Mirren et Ryan Reynolds, relate le combat de Maria Altmann pour récupérer des tableaux peints par Klimt et volés à ses parents pendant le troisième Reich. Même si ce film est britanno-américain (et pas du tout autrichien) il vaut le détour. Le titre en VO vient du nom qu’a porté le célèbre portrait d’Adèle Bloch-Bauer lorsqu’il était exposé au Belvédère, retirant au modèle son identité. Le titre en français « La femme au tableau » n’a hélas pas su reprendre le clin d’œil à l’un des sujets principaux du film : le vol de l’identité d’Adèle.

Le second est un très beau film, retraçant la courte carrière d’Egon Schiele, sorti en 2016. Il a été réalisé par Dieter Berner avec en rôle principal Noah Saavedra. Tous les acteurs sont autrichiens, on est donc loin du Blockbuster américain. Je conseillerais de le voir en VOST pour ne rien perdre de l’ambiance du film.

Expositions

La vienne de 1918 est aussi célébrée en France puisque l’Atelier des Lumières (tu peux voir à ce sujet notre article coup de cœur) a consacré sa première exposition à Gustav Klimt et que la fondation Louis Vuitton a ouvert une grande rétrospective d’Egon Schiele le 3 octobre dernier.

Il est assez rare d’apprécier à la fois l’œuvre de Klimt et celle de Schiele, leurs styles étant radicalement différents. Je te laisserai donc juger par toi-même et me dire lequel remporte tes faveurs (n’hésite pas à nous laisser un petit commentaire).

Gustave Klimt : puissance féminine

Si Klimt est passé par plusieurs phases artistiques, c’est parce que sa carrière est marquée par la rupture de l’Avant-garde. Il existe donc un avant et un après dans son œuvre. Si son travail est empreint d’une influence académique jusqu’à la fin des années 1890, il s’extrait de cette vision à l’aube du XXème siècle pour offrir des œuvres plus personnelles et marginales.

Allégories

Le thème fétiche de Klimt : La femme ! À partir de 1897, nus et symbolisme s’entremêlent sous la forme d’allégories dans son œuvre. Parmi ces allégories, figurent celle de l’art, ou de l’eau. Celle de Judith I, issue de l’histoire de l’Ancien Testament : Judith et Holopherne, conte la bravoure de Judith qui sacrifia sa vertu au général ennemi et lui trancha la gorge pour sauver son peuple de l’oppression. Judith est présentée ici dans toute sa puissance : les joues encore rosies de plaisir, elle savoure sa domination sur l’homme qu’elle a dupé et tué.

Avec Nuda Veritas (1899), Klimt pose les fondements de sa séparation d’avec l’idéal classique et trouve son style propre inspiré notamment de la touche impressionniste. Klimt explore le corps de la femme, sa sensualité, sa sexualité, son érotisme et sa fécondité.

Le peintre des femmes

C’est l’étiquette que l’on a plus ou moins collée à Klimt. À partir de 1900 il répond à beaucoup de commandes de la bourgeoisie viennoise qui, rapidement l’enrichissent. Ces œuvres participent à renouveler l’image de la femme dans la société.

L’essentiel de l’œuvre de Klimt est visible au Belvédère à Vienne.On retrouve donc peu de ses œuvres (majeures) dans le reste du monde. Beaucoup de ses portraits appartiennent à des collections privées et certains d’entre eux, notamment celui d’Adèle Bloch-Bauer ont été rachetés après leur restitution par Ronald S. Lauder. Ils sont aujourd’hui visibles à la Neue Galerie à New York.

Egon Schiele : l'expressionnisme exalté

Egon Schiele fait partie de ces artistes « maudits » qui ont été décriés de leur vivant et qui sont morts avant que leur talent ne soit reconnu. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands artistes autrichiens. Retours sur un artiste torturé…

Le contexte traumatique

Egon Schiele n’est pas étranger aux théories de la psychanalyse de Freud, lui-même autrichien. Les questions de l’œdipe et de la femme, notamment la « mère », sont présentes dans de nombreuses œuvres de l’artiste. Il puise son inspiration et sa créativité dans son expérience personnelle de la souffrance et du mal être, comme la disparition de son père, qui se suicida et dont il retrouve le corps à seulement 15 ans.

Le style « Schiele »

Schiele rencontre Klimt en 1907 et l’influence du peintre se retrouve dans quelques-unes de œuvres de Schiele. Il s’en éloigne cependant rapidement pour trouver en 1910 son propre style. Passant outre les standards de beauté et la censure de son époque,non sans provocation, Schiele a produit énormément de nus (jugés obscènes par certains) évoquant la sexualité et le rapport à la femme. Les corps sont tordus, déchirés, déformés (vision propre à l’expressionnisme qui se veut parfois à la limite du caricatural) et donnent un caractère brutal aux œuvres de Schiele.

Malgré la brièveté de sa carrière (un peu plus d’une décennie), Egon Schiele a réalisé plus de trois cents peintures et gravures, de nombreuses sculptures et pas moins de trois mille dessins, aquarelles ou gouaches. Il laisse derrière lui une centaine d’autoportraits traduisant de son intense recherche du Moi propre aux expressionnistes.

Autoportrait, vers 1910 - Autoportrait avec Physalis, 1912 - Autoportrait avec chemise rayée, 1910.

1. L’expressionnisme est un mouvement du début du XXe siècle qui prend ses racines dans l’œuvre de Vincent Van Gogh. Il s’écarte des normes de beauté de l’art. Les œuvres expressionnistes traitent de la dureté de la vie, la pauvreté et la souffrance dans un élan de compassion et d’empathie. Ses artistes cherchent à présenter l’être humain selon ses émotions, ses sensations. Parmi la longue liste des artistes expressionnistes, on retrouve notamment Munch (Le cris), et les artistes du Die Brücke (Nolde, Heckel, etc.).

2. En 1891, l’empereur François-joseph ordonne la construction du Kunsthistorisches Museum (musée d’histoire de l’art) et Klimt y peint des allégories en hommage à l’art antique égyptien, grec, romain et celui de la Renaissance.

3. La Neue Galerie est une galerie d’art moderne située non loin du Metropolitan Museum et présente des œuvres allemandes et autrichienne. Elle a été créée en 2001 par Ronald S. Lauder.

Sources et crédits : Musées Belvédère et Leopold à Vienne, la  petite collection Taschen (voir livres cités plus haut) et le site Wien info.

Céci

Céci

« Collectionneuse de diplômes en tout genre et licorne loveuse »

Comments are closed.