L’autre qu’on adorait

« L’autre qu’on adorait » de Catherine CUSSET

Il y a d’abord le choix du livre à dévorer. Après cinq ans d’emprunts d’œuvres d’écrivains réputés à la médiathèque de Bourgneuf-en-Retz, il arrive un temps où il faut accepter l’aventure. Je me suis toujours refusé à prendre connaissance de la 4ème de couverture. Qu’il s’agisse d’incipit, d’un résumé, d’un passage, j’ai toujours évité d’entrer dans un récit par l’artifice étriqué d’une information parcellaire susceptible de parasiter mon entendement quant à la réception de la narration. De fait, je me laisse « appeler » par le futur élu ; généralement, c’est un titre, qui pour une raison ou une autre éveille ma curiosité. Là, en l’occurrence, « L’autre qu’on adorait » est un hommage à Léo Ferré dont quelques chansons ont nourri à jamais ma mémoire. Il se trouve par ailleurs que l’autrice s’y réfère aussi…

C’est alors le début d’une aventure. Point de luttes sociales, de combats politiques, de faits de société, de criminalité… Il s’agit du récit de jeunes gens plutôt aisés qui réussissent leur entrée dans la vie. Famille, égoïsme, amitié, petites trahisons, retrouvailles, amour – avec ses extases et ses affadissements vers les futures ruptures, voyages, Proust, New-York, violence et alcool, ce dernier binôme infernal dont on perçoit le poids. D’ailleurs, on sait depuis le début que l’affaire finira mal… Pourtant on se laisse entrainer, on veut savoir, et puis peut-être…

Te voilà Lecteur ; mais au bout de quelques pages où l’usage du « tu » peut s’avérer dérangeant, tu ne l’es plus tout à fait. Tu deviens ce héros imaginaire (je ne saurais toutefois l’affirmer) auquel, à un moment ou un autre, tu as rêvé. Libre, séducteur, à qui tout réussi, sans concession, l’ami, l’amant irrésistible et choyé. Tu croises alors la narratrice, autre héroïne du récit. Elle parle de toi, elle te parle, décline son attachement passionnel à l’ancien amant devenu ami, manigance une nouvelle idylle… Elle est « je », tu es « tu » et le dialogue s’installe ; plaisant, parfois moins, les choses de la vie…

Et puis tu subodores que quelque chose se trame, qu’il y a une faille, un grain de sable, tu as besoin de savoir comment cela s’est désagrégé. Pourquoi, dès les premiers instants, le ver était dans le fruit ? Pourquoi Catherine n’a pu sauver l’homme de sa vie ? Cette vie si extraordinaire mais qui peu à peu t’échappe, parce que c’est trop, ça va trop loin. Et puis tu comprends que ce n’est pas si simple. En un mot, bipolaire. Oui, certes, mais pas que… C’est aussi la caricature du monde d’aujourd’hui où l’on veut tant et tant. Alors oui, c’est toi, mais plus tout à fait toi, et la conclusion de cette affaire devient limpide et acceptable.
Au bout du compte, voilà une lecture des plus plaisantes. C’est un de ces livres que tu ne veux plus lâcher avant d’en avoir fini et qui, une fois terminé, t’amène à la conclusion évidente que, quoiqu’il arrive, tu liras un prochain Catherine CUSSET avec un infini plaisir.

Gilles

Gilles

« Des mots pour des maux (ou inversement?) »

On Hésite Encore, le web magazine culture, lifestyle et bien plus !

avatar
plus récents plus anciens plus de votes
Ceci cela
Invité
Ceci cela

Je retiendrai ce titre, merci pour cette belle chronique !