Par delà les mers d’Asie

Par delà les mers d'Asie

La littérature représente le meilleur moyen de voyager sans bouger de chez toi. Ce mois-ci, On hésite encore t’emmène par-delà les mers d’Asie. On franchit les océans pour lier l’Orient et l’Occident, à travers deux magnifiques romans.

La petite fille de Monsieur Linh
– Philippe Claudel –

L’histoire de Monsieur Linh commence sur un bateau. Le regard tourné par-delà la mer en direction du pays qu’il abandonne, Monsieur Linh serre contre lui sa petite fille, Sang Diû, rescapée de son village ravagé par la guerre. Fuyant ce pays natal dont on ne mentionnera jamais le nom, il se dirige vers une nouvelle contrée inconnue. Là, il tentera de survivre dans ce pays dont il ne parle pas la langue et ni ne comprend le mode de vie. C’est pour sa petite fille qu’il s’adapte à cette nouvelle vie de réfugié, qu’il sort affronter le monde extérieur, froid et sans odeur. Là, sur un banc, Monsieur Linh rencontrera Monsieur Bark. Ce gros homme et lui ne parlent pas la même langue, ils ne connaissent même pas leur nom respectif, mais ils se comprennent. Monsieur Bark parle de sa femme, du manège où elle travaillait chaque jour, de sa vie avant la mort de sa compagne, et Monsieur Linh l’écoute. Une pression sur l’épaule suffit à sceller cette amitié qui se passe de mot.

Monsieur Linh se crée un nouveau quotidien. Pour son ami, il apprendra le mot pour dire « bonjour » et demandera des cigarettes au bureau des réfugiés, qu’il lui offrira ensuite. Partout avec lui, il emmène sa petite fille. Monsieur Bark en échange lui montre la ville : il lui fait découvrir le café, l’alcool et les bons repas, et surtout, le port. Là, Monsieur Linh et sa petite fille reverront la mer, celle par laquelle ils sont arrivés sur le bateau, là d’où ils ont vu leur pays pour la dernière fois. Enfin, le vieux monsieur retrouve des odeurs et des bruits familiers, et c’est une vague d’émotion qui l’envahit : la mer, c’est le dernier lien avec son pays natal, son nouveau point d’ancrage dans cette ville inconnue.

Je n’en dis pas plus, car ce livre, terriblement émouvant, mérite d’être lu sans attendre.

Vent d’Est, Vent d’Ouest
– Pearl Buck –

Dans Vent d’Est, Vent d’Ouest aussi, des hommes traversent les océans de l’Asie vers l’Occident. Loin de l’exil, ils s’en vont y étudier les sciences et en rapportent d’étranges coutumes.

Dans les années 1920, en Chine, Kwei-Lan épouse le jeune homme auquel elle a été promise avant sa naissance. Mais cet homme qu’elle ne connait pas encore, s’il est comme elle issu de la noblesse chinoise, s’en revient d’Europe, loin par-delà. Il est parti y étudier la médecine occidentale, et entend bien délaisser les anciennes coutumes afin de vivre une vie moderne. Kwei-Lan se sent perdue : son visage soigneusement fardé de poudre de riz, les mets raffinés qu’elle prépare toute la journée… rien ne semble intéresser cet homme étrange. Loin de la demeure ancestrale, ils emménagent dans un appartement moderne dont la lumière crue et les portes à la poignée glissante la déconcertent. Même ses petits pieds bandés, fruits de tant de souffrances, ne trouvent pas grâce aux yeux de son époux. Bien au contraire, il s’en horrifie et la convainc de les débander.

Atterrée, la jeune fille, qui ne peut rien avouer à sa famille sur l’homme qu’elle a épousé, écrit à cette amie qu’elle appelle sa sœur, une occidentale ayant grandi en Chine. Comme un pont entre l’Asie et l’Occident, elle seule peut comprendre l’affrontement entre ces civilisations.

A travers cette correspondance, on voit Kwei-Lan s’ouvrir peu à peu à ce nouveau mode de vie ; elle raconte ses découvertes et les réactions de sa famille, ébranlée par ces changements. Car son frère, héritier mâle du clan, vient lui aussi de rentrer des Etats-Unis, et il ramène avec lui une jeune femme américaine qu’il vient d’épouser, défiant les préjugés et les traditions.

Vent d’Est, Vent d’Ouest est une histoire de rencontres ; entre la jeune et la vieille Chine, entre les traditions de l’Asie et la modernité de l’Occident.

Charlotte

Charlotte

« Collectionneuse de mots et d’épices »

Comments are closed.